« Great lines »

Ligne droite et filante du quai, coupée au réverbère.

Lignes hautes du mur, du tronc, du réverbère, de la pile du pont et le photographe : élancé, élégant. Son modèle casse la ligne des hauteurs en passant gauchement sa jambe devant l’autre qui seule reste en appui, équilibre tendu qui fait presque mal. Un faux air nonchalant et naturel pour que le shooting prenne un air mutin… mais tout est raide et crispé, même le visage du photographe. Cet élégant prend également appuis sur une seule jambe, on pourrait croire un mouvement, on aurait tort. Comment va-t-il stabiliser l’image de son modèle en n’étant pas assuré lui-même ? Il ne pourra pas…Le couple en haut, sur le pont, le sait déjà. Comme s’il pouvait voir le viseur : la photo sera bruitée !
Tout dans la raideur de l’homme, là-haut, indique qu’il est tendu devant l’échec qui s’annonce, la photo ne sera pas bonne ! Il enfonce ses mains dans ses poches. La photo ne sera pas bonne, mais la mienne, si ! Elle ne le sera pas dans la qualité, elle le sera dans la spontanéité, c’est ce qu’explique là-haut cette femme à son compagnon tendu :
« Regarde cet autre couple qui approche. L’homme continu sa marche en discutant alors que la femme a arrêté son pas, elle vise, elle ri, elle baisse l’appareil et parle en souriant, son compagnon ne l’entend pas, il continu sa marche ! Elle ri. Elle repasse le petit boîtier devant ses yeux, quelques secondes, il disparait déjà dans le creux de sa main. Elle ri. Son compagnon tourne la tête et stop son mouvement, il a compris qu’elle voulait mettre en boîte le shooteur et son modèle, trop tard : il est lui-même sur la photo. Elle ri. Il ri. Ils rient. Ils reprennent leur balade. Ça n’a pas duré plus que quelques secondes, une image au vol, un vol d’images… »

Lignes horizontales hautes du garde-fou, du tablier du pont. En face la longueur du quai de la Tournelle… et le lit, dans lequel coule la Seine.

Merci à Bruce qui par un simple commentaire (en anglais qui plus est) a réveillé une partie de mes souvenirs entourant ce « shooting sur les quais ». Je me souviens aussi que le photographe me faisait songer à un mannequin italien, racé, lissé, mais il lui manquait ce sourire transalpin qui fait fondre… son modèle, avec sa petite casquette posée sur ses cheveux m’a immédiatement ramenée vers un Paris d’un autre temps où ces très jeunes garçons crieurs de journaux, cireurs de chaussures ou petits galopins, portaient ce type de gapette, immortalisé par F Poulbot, lui-même gamin des rues avant de devenir le dessinateur et illustrateur que l’on connaît.

Shooting sur les quais, original

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :